Interviews et conférences de presse
Nikol Pashinyan et Emmanuel Macron ont fait des déclarations
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Après la signature des documents, le Premier ministre de la République d’Arménie, Nikol Pashinyan, et le Président de la République française, Emmanuel Macron, ont fait des déclarations.
Premier ministre de la République d’Arménie, Nikol Pashinyan : Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Je crois que la cérémonie qui vient de se tenir reflète pleinement l’ampleur de l’agenda de la visite d’État du Président de la République française, Emmanuel Macron. Les échanges des documents signés il y a quelques instants méritent une haute appréciation.
Je souhaite en particulier souligner l’accord que nous avons conclu concernant la construction de l’autoroute Nord-Sud et du tunnel de Bargushat. Il s’agit d’une nouvelle étape non seulement pour ce projet structurant, mais aussi pour l’établissement de standards de qualité renouvelés dans le domaine des infrastructures routières en Arménie.
Lors de nos premiers échanges sur ce sujet, j’ai également évoqué auprès du Président Macron notre motivation profonde. Nous parlons souvent de la nécessité d’adopter des standards européens dans divers secteurs. Sur le plan juridique, il est certes possible d’en formaliser les principes, mais leur mise en œuvre exige des capacités, des compétences et un savoir-faire adaptés. À cet égard, l’implication d’entreprises françaises dans ce projet constitue une opportunité majeure : elle permettra non seulement de réaliser ces standards, mais aussi de les diffuser durablement dans la vie économique arménienne, en associant notamment des entreprises locales. Cet exemple illustre de manière concrète l’engagement personnel du Président Emmanuel Macron dans le développement des relations entre l’Arménie et la France. Je tiens à le souligner : la première étape ayant conduit à la signature de cet accord a été ma demande adressée au Président Macron, et c’est grâce à son soutien que ce projet a pu se concrétiser.
Il est particulièrement significatif d’observer comment des idées initiales peuvent se transformer en résultats tangibles. Le projet de l’autoroute Nord-Sud est l’un des projets majeurs de notre pays. Avec la signature de ce document, nous abordons l’un de ses segments les plus complexes, nécessitant des compétences spécifiques et un haut niveau d’expertise. Comme à de nombreuses reprises, la France et le Président Macron se sont tenus aux côtés de l’Arménie. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que ce projet prend une forme concrète et avance résolument vers son aboutissement.
Monsieur le Président, permettez-moi de vous exprimer ma gratitude, ainsi qu’à votre gouvernement et au peuple français. Je pourrais évoquer de nombreux exemples, mais je me limiterai à mentionner les principaux domaines de notre coopération : l’économie, la sécurité, la défense, la diplomatie, les relations Arménie–Union européenne, la culture et l’éducation. Dans chacun de ces domaines, nous avons constamment ressenti le soutien de la France, dont l’importance est difficile à surestimer. L’un des développements les plus significatifs dans notre région est le processus d’établissement de la paix. Je tiens à souligner une nouvelle fois que, par un document juridiquement contraignant, la Déclaration d’Alma-Ata est reconnue comme un principe fondamental de la délimitation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ce principe est également inscrit dans l’accord de paix préalablement paraphé. L’architecture de paix repose ainsi sur la reconnaissance mutuelle de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de l’inviolabilité des frontières des deux États.
Je tiens à souligner que le rôle du Président Emmanuel Macron a été déterminant dans cette dynamique. Grâce à sa constance, sa flexibilité et ses compétences diplomatiques, il a contribué à l’enregistrement de cet accord entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en notre présence.
Enfin, comme point culminant, nous avons signé, sous vos yeux, un accord établissant un partenariat stratégique entre la République d’Arménie et la République française. Permettez-moi de faire une observation : si nous avons déjà accompli autant sans cadre formel de partenariat stratégique, je ne peux qu’imaginer les succès et réalisations qui nous attendent désormais.
Monsieur le Président, je tiens à vous exprimer une nouvelle fois ma profonde reconnaissance, ainsi qu’à votre gouvernement, à la République française et à l’ensemble de nos partenaires.
Je vous remercie.
Président de la République française, Emmanuel Macron- Merci, Monsieur le Premier ministre, cher Nikole, Mesdames, et Messieurs les ministres, Mesdames, et Messieurs les ambassadeurs, chers amis arméniens.
Merci pour vos mots à l'instant, cher Nikole, et pour l'accueil chaleureux qui nous a été réservé depuis deux jours à la délégation et moi-même pour cette visite d'État. Vous savez, n'est besoin de rappeler l'amitié qui lie l'Arménie et la France, qui a été forgée par une histoire commune et une fraternité inébranlable. Et c'est vrai que cette relation prend un tour nouveau, à coup sûr, à travers cette visite d'État qui vient découvrir une nouvelle étape, mais s'appuie sur le travail des dernières années. Depuis la dernière visite que nous avons effectuée à Yerevan en 2018, l'Arménie a parcouru un chemin considérable. Elle a connu la guerre, elle a ensuite bâti la paix, elle a connu le retour de la prospérité, je le rappelais tout à l'heure, avec un taux de croissance moyen annuel du produit intérieur brut qui s'est élevé à près de 6% sur ces dernières années. Et nous voyons à quel point les attentes sont nombreuses et les promesses multiples.
Je le disais, l'Arménie a fait le choix de la paix, qui est en même temps un choix de la prospérité. Elle a également consolidé sa démocratie malgré les épreuves. Enfin, l'Arménie se tourne résolument et courageusement vers l'Europe. Elle a toujours été membre de la famille européenne, mais les avancées sans précédent, les choix géopolitiques, ce courage de la paix ont en quelque sorte fait des deux derniers jours une forme d'évidence, mais qui était totalement impossible à envisager il y a huit ans. Avoir une réunion de la communauté politique européenne accueillie à Erevan sous notre présidence et avoir le sommet Union européenne-Arménie que vous avez tenu ce matin.
Ce qui est en jeu aujourd'hui est de construire une relation encore plus forte, précisément entre nos deux pays et entre l'Arménie et l'Union européenne, en développant tous son potentiel. Nous croyons que l'étape qui a été préparée aujourd'hui permet de le poursuivre avant d'aller plus loin. L'augmentation des investissements à travers le plan de résilience et de croissance, à travers la stratégie Union européenne dite « Global Gateway », le développement de la connectivité, le renforcement de la coopération en matière de sécurité avec le déploiement de Frontex, qui était tant attendu, et la perspective de libéralisation des visas avec l'Union européenne, qui par les transformations profondes qu'elle a induites, contribuera à la consolidation de l'État de droit et viendra rapprocher un peu plus encore. Ce sont des étapes essentielles et importantes sur ce chemin que ces derniers jours ont permis de consolider. La relation bilatérale durant ces huit dernières années, elle aussi s'est renforcée au combien. Et la diversité des accords que nous avons signés le montre. Elle s'est consolidée à travers la solidarité en actes, solidarité qui s'est manifestée, on s'en souvient, vous le dites, simplement tout à l'heure, en 1988, lors des tremblements de terre, mais qui en 2020 s'est manifestée par l'assistance aux populations qui ont fui le Haut-Karabakh, avec une assistance humanitaire de 32 millions d'euros. Je veux ici remercier la société civile, la communauté qui s'est engagée mobilisée aux côtés du Quai d'Orsay, l'ensemble des services compétents. C'est aussi le cercle économique que nous avons densifié et qui ne cesse de s'étendre. Vous l'avez évoqué, l'accord signé pour moderniser les axes de connectivité en Arménie entre les autorités avec Vinci Construction et Rasselbeck est un accord qui lance aussi une phase d'études pour le projet de construction du tunnel de Barkouchad sur l'axe nord-sud qui était très attendu. En ce moment-là, il a réouvert la connectivité que vous avez présentée tout à l'heure. Nous sommes aussi fiers de participer à de nombreux projets dans le domaine de l'eau, secteur ô combien important pour votre pays, et de la distribution des eaux avec Veolia, la construction de réservoirs avec le barrage de Bédy, le grand barrage bâti en Arménie depuis l'indépendance, en passant par la réhabilitation, la modernisation des systèmes d'irrigation.
La France est présente pour beaucoup de grands projets dans beaucoup de régions et je veux saluer ici la contribution et le soutien de l'Agence française de développement. Celle-ci est aussi un partenaire essentiel en matière de développement durable, juste et inclusif et nous sommes heureux qu'elle ait pu aussi nous aider à travers plusieurs projets ce rôle. Ces dernières années ont aussi marqué une étape nouvelle puisque pour la première fois, enfin pourrais-je dire, nous avons bâti un partenariat en matière de défense. Ce partenariat stratégique signé aujourd'hui vient consolider. Celui-ci est monté en puissance au cours des dernières années pour aider l'Arménie à moderniser ses forces armées, à conforter sa souveraineté et cette relation de défense est un pilier maintenant de notre relation bilatérale.
L'Agence de l'innovation de défense et le ministère arménien des hautes technologies viennent de signer un accord pour ouvrir de nouvelles pistes de coopération en plus de ce que nous avons commencé à faire en matière de formation et de capacitaires. Notre partenariat repose aussi sur les liens innombrables tissés dans les secteurs de l'éducation, des sciences, de la culture, du patrimoine, de la jeunesse. En matière patrimoniale, je me réjouis en particulier des deux accords signés aujourd'hui qui soulignent la Bibliothèque nationale de France avec d'une part le Musée d'art et de littérature d'Iréval, et d'autre part Matena Taran, nous étions ensemble ce matin. Je dois aussi vous mentionner l'université française en Arménie, créée à l'initiative emblématique et établissement d'excellence qui compte cette année 2300 étudiants inscrits de la licence au doctorat et plus de 3600 alumni déjà diplômés et bien pérenniser notre relation.
Et puis ce partenariat stratégique que nous venons de conclure vient aussi fédérer l'action des collectivités territoriales et des organisations de la société civile qui ont une place tout à fait singulière et qui font d'ailleurs la force de notre relation bilatérale. Les cinquièmes assises de la coopération décentralisée se sont tenues à Goris et il y a une multitude à travers le fonds, à travers les actions de communes, départements et régions. Le soin mis par nos parlementaires, les associations compétentes. Nous avons un lien inédit et je vais essayer de vous dire que l'Arménie se trouve au quatrième rang des pays bénéficiaires du soutien des collectivités territoriales françaises, ce qui rapporté au nombre d'habitants fait de vous de très loin le premier pays bénéficiaire par tête. Voilà, mesdames et messieurs, ce que je voulais dire en complément de ce que le Premier ministre avait parfaitement décrit, mais vous dire qu'au-delà de cette relation bilatérale, de cet ancrage européen, notre partenariat stratégique est aussi un soutien à vos efforts de paix durable dans le Caucase du Sud et aux dynamiques en cours dans la région.
L'Arménie a fait le choix courageux de la paix avec l'Azerbaïdjan, et nous sommes déterminés à vous accompagner. Je veux saluer ici aussi les développements positifs qui sont intervenus dans les relations entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, avec des échanges commerciaux, des livraisons de produits énergétiques, des initiatives de la société civile qui viennent consolider cette paix et nourrir l'agenda que nous venons d'évoquer à l'instant à la conférence à laquelle nous nous trouvons ici, monsieur le ministre, à votre invitation pour le Yerevan. En tout cas, monsieur le Premier ministre, je tiens ici à vous redire notre gratitude, notre soutien et notre confiance dans le chemin que l'Arménie a pris. Notre volonté, au-delà du texte d'aujourd'hui, d'aller encore plus loin et d'être le partenaire de référence de votre pays et de la région pour les années et les décennies à venir. Je vous remercie.
Nikol Pashinyan et Emmanuel Macron ont également répondu aux questions des représentants des médias.










