Interviews et conférences de presse
Nikol Pashinyan, António Costa et Ursula von der Leyen ont fait des déclarations à l’issue du premier sommet Arménie-Union européenne
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Le Premier ministre de la République d’Arménie Nikol Pashinyan, le président du Conseil européen António Costa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont fait des déclarations à l’issue du premier sommet Arménie-Union européenne.
Premier ministre Nikol Pashinyan - Monsieur le Président du Conseil européen,
Madame la Présidente de la Commission européenne, Permettez-moi de vous souhaiter à nouveau la bienvenue à l’occasion du premier sommet Arménie–Union européenne.
Nous avons déjà souligné à plusieurs reprises le caractère historique de cet événement. Toutefois, je souhaite également mettre en lumière de nouvelles dimensions de ce caractère historique, révélées au cours de nos discussions. Traditionnellement, dans notre perception collective, la République d’Arménie a souvent été considérée comme se trouvant dans une position géographique défavorable, voire parfois extrêmement difficile. Il a été particulièrement symbolique d’entendre aujourd’hui nos partenaires européens affirmer que l’Arménie bénéficie, au contraire, d’une position géographique avantageuse, située au croisement de l’Est et de l’Ouest, sur la voie la plus courte reliant ces deux espaces. Cela reflète un changement d’époque : sans que notre géographie n’ait changé, les évolutions politiques transforment la perception de notre position, la faisant passer d’un facteur explicatif de nos difficultés à un levier pour réaliser notre vision d’un État souverain, libre, prospère et sûr. Il s’agit là d’une transformation véritablement historique. Un autre élément tout aussi significatif réside dans l’appel lancé aujourd’hui par l’Union européenne en faveur des investissements en Arménie. Pendant de nombreuses années, depuis l’indépendance, notre pays a été perçu comme une zone à risque pour les investissements. Aujourd’hui, au plus haut niveau, l’Union européenne encourage activement les investisseurs à s’engager en Arménie. C’est un fait inédit et d’une importance historique.
Nous avons abordé un large éventail de questions. La tenue de ce sommet reflète une réalité simple : l’agenda Arménie–Union européenne s’est considérablement élargi et approfondi, rendant ce format non seulement pertinent, mais nécessaire. Il s’agit d’une évolution naturelle, fruit de dynamiques concrètes et d’une volonté politique partagée. Dans le domaine de l’énergie, nous disposons de projets ambitieux visant à combiner les ressources de l’Arménie avec les technologies disponibles au sein de l’Union européenne.
Historiquement, l’Arménie était considérée comme un pays dépourvu de ressources énergétiques et dépendant de l’extérieur. Aujourd’hui, une nouvelle réalité émerge : grâce à plus de 300 jours d’ensoleillement par an dans certaines régions, notre pays dispose d’un potentiel considérable en matière d’énergie solaire. Les capacités de stockage restent un défi, et je remercie nos partenaires européens pour leur volonté de nous accompagner dans ce domaine. Par ailleurs, nous travaillons également au développement de technologies de stockage hydraulique, ainsi qu’à la production d’hydrogène vert. Dans une perspective stratégique, nous sommes convaincus que l’Arménie peut non seulement atteindre l’autosuffisance énergétique, mais également développer son potentiel d’exportation.
La connectivité des transports constitue un autre axe essentiel de notre coopération. Notre position géographique ouvre des perspectives d’intégration dans les chaînes logistiques internationales, qu’il s’agisse de transport ferroviaire, routier, énergétique ou numérique.
Je souhaite conclure en revenant au point à partir duquel les relations entre l’Arménie et l’Union européenne ont commencé à se développer. Il s’agit, bien entendu, des réformes démocratiques. Nous exprimons notre gratitude à l’Union européenne pour le soutien apporté tout au long de cette période, ainsi que pour les progrès réalisés dans le processus de réformes démocratiques. Toutefois, nous constatons également que dans un certain nombre de domaines,notamment l’indépendance du pouvoir judiciaire, la lutte plus systématique contre la corruption et la mise en place de mécanismes plus efficaces d’intégrité, nous attendons un soutien continu de la part de l’Union européenne. Cela est d’autant plus important que notre coopération économique repose sur un socle de valeurs communes, reflété dans nos déclarations politiques. Au-delà de ces déclarations, nous avons également adopté l’année dernière une loi visant à initier le processus d’adhésion de la République d’Arménie à l’Union européenne. Je tiens à rappeler que cette initiative a été lancée par la société civile, avant d’être rejointe par la majorité politique et de se voir conférer force de loi. Je considère qu’il s’agit d’une impulsion supplémentaire importante pour insuffler une nouvelle dynamique aux réformes démocratiques et, plus largement, institutionnelles, afin d’atteindre dans les meilleurs délais le statut d’un État conforme aux standards de l’Union européenne.
Comme je l’ai déjà indiqué par le passé, et comme je souhaite le réaffirmer aujourd’hui, il s’agit de notre objectif intermédiaire principal. Nous comprenons qu’aucun pays ne peut devenir membre à part entière de l’Union européenne sans se conformer à ses standards. Par conséquent, notre priorité est d’atteindre ce niveau de conformité, bien entendu avec le soutien de nos partenaires européens. Une fois cette conformité pleinement atteinte, deux options se présenteront : soit nous serons admis au sein de l’Union européenne. Je tiens à souligner qu’il s’agit là d’une décision politique qui relève de l’Union européenne. Il est également possible que, pour diverses raisons, l’Union européenne décide de ne pas s’élargir. Toutefois, dans tous les cas, la République d’Arménie sera gagnante, puisqu’elle deviendra un pays conforme aux standards européens, avec tous les bénéfices que cela implique.
En conclusion, je souhaite saisir cette occasion pour adresser mes remerciements au président du Conseil européen António Costa et à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour leurs efforts personnels et leur soutien dans le développement et l’approfondissement des relations entre l’Arménie et l’Union européenne.
Chers partenaires,
Tout au long de ce processus, nous avons ressenti votre soutien ainsi que la fiabilité de vos engagements. Je me souviens des déclarations adoptées il y a seulement quelques années, dont l’essence était que la République d’Arménie et l’Union européenne avanceraient côte à côte sur la voie des réformes, du renforcement de la résilience et du développement économique. Aujourd’hui, avec le recul, il est presque difficile de croire au chemin parcouru et aux progrès réalisés.
Monsieur le Président,
Madame la Présidente,
Ces avancées n’auraient pas été possibles sans votre engagement personnel, sans votre contribution et sans votre soutien constant.
Au nom de la République d’Arménie et en mon nom personnel, je tiens à vous exprimer ma sincère gratitude pour cet engagement.
Je vous remercie.
Le président du Conseil européen António Costa - Monsieur le Premier ministre,
Chère Ursula, permettez-moi d’adresser mes chaleureuses félicitations au Premier ministre Nikol Pashinyan pour l’organisation du sommet de la Communauté politique européenne hier, ainsi que pour la tenue aujourd’hui du premier sommet historique entre l’Union européenne et l’Arménie. Il s’agit d’accomplissements remarquables, qui témoignent de votre leadership. Je tiens également à vous remercier, ainsi que votre équipe, pour l’accueil exceptionnel et généreux qui nous a été réservé à Erevan.
Le sommet d’aujourd’hui constitue une étape importante dans l’approfondissement du partenariat entre l’Union européenne et l’Arménie. Il reflète les avancées significatives réalisées ces dernières années, ainsi que notre ambition commune d’apporter des bénéfices concrets aux citoyens, aux entreprises et à nos sociétés.
Il est vrai, cher Nikol, que la position géographique de l’Arménie n’a pas changé, mais vous avez profondément transformé les conditions dans votre pays. Je tiens à saluer votre vision d’une Arménie démocratique, résiliente et prospère.
L’Union européenne soutient fermement l’agenda de réformes socio-économiques de l’Arménie, notamment à travers une assistance technique et financière. Vous avez également fait preuve de courage et de sens de l’État en donnant la priorité à la paix et à un avenir meilleur pour votre pays.
La participation du président Ilham Aliyev au sommet de la Communauté politique européenne hier témoigne d’une nouvelle dynamique entre vos deux pays. Un Caucase du Sud stable et prospère est essentiel pour l’avenir de l’Arménie, et l’Union européenne continuera de soutenir la paix régionale et le processus de normalisation, en travaillant à vos côtés pour construire ensemble cet avenir. L’Arménie est devenue un carrefour de connectivité entre l’Europe et l’Asie. L’Union européenne est un partenaire majeur et de long terme pour l’Arménie et pour la région dans son ensemble. En renforçant les interconnexions dans les domaines des transports et de l’énergie, nous pouvons favoriser la confiance, créer des emplois et rapprocher les voisins à travers une prospérité partagée, qui constitue le fondement le plus solide d’une paix durable.
L’Arménie peut compter sur l’Union européenne pour parcourir ce chemin ensemble. Nous sommes également déterminés à soutenir la résilience et la sécurité nationale de l’Arménie. La nouvelle mission de partenariat de l’Union européenne en Arménie contribuera à renforcer les capacités de réponse aux crises et à soutenir la stabilité à long terme du pays. En conclusion, je souhaite souligner les progrès accomplis ensemble ainsi que nos objectifs communs : la stabilité, la démocratie, la paix et la prospérité pour l’Arménie. Nous continuerons à orienter nos efforts dans ce sens. Monsieur le Premier ministre, je vous remercie une nouvelle fois pour votre hospitalité et pour l’esprit de coopération qui a marqué nos échanges. Nous nous réjouissons de poursuivre ce travail commun dans les années à venir. Je vous remercie.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen- Monsieur le Premier ministre, cher Nikol,
Je tiens moi aussi à vous remercier chaleureusement pour l’accueil que vous avez réservé à mon ami António et à moi-même ici à Erevan. Permettez-moi également de vous féliciter pour l’excellente organisation du sommet de la Communauté politique européenne hier, ainsi que pour votre agenda résolument tourné vers la paix.
L’Arménie est depuis longtemps un membre précieux de la grande famille européenne. Votre révolution de velours pacifique de 2018 a démontré l’engagement de votre pays envers les valeurs européennes, la démocratie, l’État de droit et le respect des libertés fondamentales.
Aujourd’hui, je souhaite réaffirmer notre soutien ferme et notre partenariat avec l’Arménie. Nous évoluons tous dans un contexte géopolitique en mutation rapide, et dans cet environnement complexe, ce premier sommet UE–Arménie ne pouvait être plus opportun. Il offre une occasion unique de renforcer nos liens et d’élever notre partenariat à un niveau supérieur, autour de quatre priorités majeures.
La première priorité est la connectivité. Nous venons de signer un partenariat en matière de connectivité, qui élève le niveau de nos ambitions communes. En ce qui concerne les transports, peu de pays sont aussi stratégiquement positionnés que l’Arménie. Votre initiative « Carrefour de la paix » a le potentiel de relier l’Europe au Caucase du Sud et à l’Asie centrale, faisant de l’Arménie un hub de transport clé.
Nous sommes prêts à soutenir la réouverture et la reconstruction des points de passage frontaliers lorsque les frontières avec vos voisins s’ouvriront. Nous savons combien il est essentiel pour l’Arménie de s’intégrer pleinement aux réseaux de transport régionaux. C’est pourquoi nous soutiendrons votre intégration dans des corridors stratégiques tels que le corridor transcaspien, qui revêt également une importance majeure pour l’Europe, notamment au regard de l’augmentation des échanges commerciaux entre nos régions. C’est dans ce contexte que nous lançons aujourd’hui un dialogue de haut niveau sur les transports, moteur de compétitivité.
Le deuxième pilier concerne l’énergie. Le développement rapide de l’énergie solaire en Arménie est remarquable et témoigne de votre engagement en faveur de la diversification énergétique. Dans un contexte de crise énergétique mondiale, cela revêt une importance cruciale. Nous soutenons des projets visant à renforcer votre sécurité énergétique, notamment en valorisant vos importantes ressources renouvelables. Cela inclut déjà un investissement de 25 millions d’euros dans les interconnexions électriques du Caucase et les capacités de stockage d’énergie, afin de garantir la sécurité de l’approvisionnement.
Le troisième pilier est l’innovation. L’Arménie dispose d’un écosystème émergent impressionnant dans les domaines de l’intelligence artificielle et de l’ingénierie. C’est un atout majeur que nous souhaitons développer davantage. Nous avons identifié ensemble plusieurs projets, et nous avons été témoins aujourd’hui de la signature de plusieurs lettres d’intention avec des entreprises arméniennes de premier plan. Nous encourageons également les entreprises européennes à investir en Arménie, où le potentiel humain et les opportunités sont réunis.
La deuxième priorité concerne le renforcement de la coopération en matière de sécurité. Dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix, nous soutenons les forces armées arméniennes. Parallèlement, l’Arménie doit faire face à des menaces hybrides, à des ingérences et à des manipulations de l’information. Notre partenariat contribuera à renforcer votre capacité à y faire face. Une chose est claire : la seule source légitime du pouvoir dans ce pays est la volonté du peuple arménien.
La troisième priorité concerne la coopération en matière de visas et d’affaires intérieures. La libéralisation des visas est une priorité importante pour le peuple arménien, et à juste titre, car elle contribue à rapprocher nos sociétés.Nous présentons avec satisfaction le premier rapport d’avancement, qui est très positif et témoigne des progrès réalisés depuis novembre dernier. Nous sommes pleinement confiants dans la poursuite de ce processus. Aujourd’hui, nous adoptons également de nouveaux arrangements de travail entre Frontex et l’Arménie, qui renforceront la coopération en matière de gestion des frontières et des flux migratoires.
Enfin, la quatrième priorité concerne le soutien économique et la résilience sociale. Il y a deux ans, nous avons lancé le plan de résilience et de croissance pour l’Arménie, doté de 270 millions d’euros. Nous estimons qu’il permettra de mobiliser jusqu’à 2,5 milliards d’euros d’investissements. Nous soutenons les entreprises arméniennes en favorisant l’innovation, l’accès à de nouveaux marchés et la croissance. Nous investissons également dans les compétences, l’emploi et le déminage, qui est essentiel pour la sécurité. Enfin, nous apportons un soutien important, notamment en matière de logement pour les personnes déplacées du Haut-Karabakh.
J’ai évoqué seulement quelques aspects parmi de nombreux domaines de coopération, mais ils illustrent bien l’ampleur et la profondeur de notre partenariat. Cher Nikol, cher António, je me réjouis de notre prochain sommet.
Je vous remercie.
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Le Premier ministre Nikol Pashinyan, le président du Conseil européen António Costa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont également répondu aux questions des représentants des médias.