Interviews et conférences de presse
Interview du Premier ministre Nikol Pashinyan à la Télévision publique
Le Premier ministre Nikol Pashinyan a accordé une interview à la Public Television of Armenia. Ci-dessous, vous trouverez la transcription complète de son entretien avec Tatev Danielyan.
Télévision publique - Bonsoir, ce soir mon invité est le Premier ministre de la République d’Arménie, Nikol Pashinyan.
Bonsoir Monsieur le Premier ministre, merci pour cette opportunité. Commençons par la visite de M. Vance. Il s’agit d’une visite historique, car c’est le plus haut responsable des États-Unis à se rendre en Arménie, et l’agenda était très chargé : allant des objectifs de paix à la coopération en matière de sécurité nucléaire et énergétique, jusqu’aux semi-conducteurs, puces électroniques, drones d’une valeur de 11 millions de dollars, le fonds TRIPP en deux phases avec des investissements de cinq et quatre milliards de drams. Je pense que le plus important est que M. Vance a souligné sa confiance envers l’Arménie : non seulement des investissements sont réalisés, mais des technologies y sont également exportées. Pour résumer, qu’attendions-nous de cette visite, qu’avons-nous obtenu et quelles perspectives ouvre-t-elle pour la coopération future ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Sur le plan pratique, nous avons obtenu ce à quoi nous nous attendions. Mais il faut aussi noter que l’ambiance de la visite a été bien plus agréable et positive que ce que nous avions prévu. Je suis très heureux de constater qu’elle a été très bien perçue par notre société. C’est sans doute une illustration importante et très significative de notre politique étrangère équilibrée, dont nous voyons aujourd’hui les résultats.
Bien sûr, le contexte économique de la visite est très important, car la venue du vice-président des États-Unis, et qui plus est de quelqu’un d’aussi éminent politiquement que J. D. Vance, attire naturellement l’attention mondiale sur l’Arménie. Il est également essentiel que l’attention de l’environnement d’investissement américain se concentre sur les opportunités d’investissement déjà ouvertes ou en cours d’ouverture en Arménie.
Je sais également que des discussions sont en cours concernant les chiffres. Il est très important de noter que le vice-président des États-Unis, en publiant ces chiffres importants, montre la grande volonté politique des États-Unis de soutenir les investissements en Arménie. Ces chiffres importants doivent être précisés et transformés en projets spécifiques, en adresses spécifiques, en emplacements spécifiques et, bien sûr, en orientations, que vous avez déjà mentionnées. Pour la première fois, nous mettons en œuvre et mettrons en œuvre une coopération avec les États-Unis dans le secteur de la défense, mais il est très important de noter que tout cela est en fait le résultat du programme de paix. Et vous savez, c'est tout simplement incroyable, je discutais également avec le vice-président en rétrospective, je me souviens de notre rencontre il y a un an, nous nous sommes rencontrés pour la première fois le 7 février 2025, j'ai même dit pendant notre conversation et notre déjeuner, je me souviens de l'état de la Maison Blanche à cette époque, avec les anciennes photos retirées, les nouvelles photos pas encore accrochées, les meubles déplacés, les cartons de effets personnels qui entraient et sortaient, etc. et c'est parmi ces cartons qu'il a été possible d'organiser cette réunion, qui était d'une grande importance. Et j'ai spécifiquement souligné que mon respect pour le vice-président avait doublé, triplé, qu'au moment où je suis arrivé à Erevan en provenance de Washington, l'ambassade des États-Unis nous avait déjà informés que le vice-président des États-Unis avait rendu compte au président des États-Unis des résultats de la visite et que les instructions nécessaires avaient été données, ce qui m'a beaucoup surpris. Et nous en voyons les résultats aujourd'hui.
Télévision publique - Monsieur le Premier ministre, vous avez également déclaré avoir vu des discussions sur les chiffres, les opposants disent : de quels milliards parlons-nous, les rails, la voie ferrée seront-ils en or ? Où tant d'investissements sont-ils nécessaires et pourquoi ne pourrions-nous pas le faire avec nos propres ressources ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Tout d'abord, d'une part, concernant nos ressources et non nos ressources. Habituellement, l'opposition nous critique en disant qu'il y a une pénurie d'investissements directs étrangers ou pourquoi ils ne croissent pas au rythme nécessaire. Or, en fait, il y aura d'importants afflux de liquidités vers l'Arménie, et tout pays souhaite toujours que l'argent vienne de l'étranger et double, triple, quadruple sur place. Mais il est également très important de noter qu'une unité d'investissement dans certains domaines en apporte deux autres, parfois trois, parfois quatre, et, en fait, nous parlons de la formation d'un nouvel écosystème d'investissement, car le chemin de fer est un chemin de fer, mais ce n'est pas seulement le rail, c'est aussi le service, d'autres services, des équipements très modernes, etc., sans parler du service de transport de passagers, de marchandises et de services. De plus, écoutez, nous parlons, nous nous concentrons sur le chemin de fer, et c'est bien, c'est juste, mais nous parlons de nouvelles lignes électriques, nous parlons de nouveaux pipelines, nous parlons de câbles, qui sont très importants. Relions ces câbles au nouveau centre de supercalculateurs en cours de construction à Hrazdan, qui fournira des services régionaux et internationaux dans le domaine de l'intelligence artificielle, combinons tout cela avec les flux touristiques, etc., et nous verrons que, ici, l'investissement engendre l'investissement. On dit généralement quelque chose comme cela à propos du secteur technologique, qu'un emploi créé dans le secteur technologique en crée trois ou quatre, parfois cinq, dans d'autres secteurs, et nous sommes confrontés au même phénomène, au même effet.
Télévision publique: Une dernière question sur ce sujet, Monsieur le Premier ministre, et ensuite nous passerons à autre chose. Les opposants disent à nouveau que ces 26 % ne représentent rien, que cela n’apporte rien économiquement à l’Arménie, et que les États-Unis n’ont aucun intérêt économique, mais viennent dans la région pour exercer une influence sur l’Iran. Je ne sais pas… si les proportions avaient été, disons, 36 64, les mêmes critiques auraient-elles été formulées ? Comment cette répartition a-t-elle été décidée ? Et deuxièmement, qu’en est-il de nos intérêts économiques et de ceux des États-Unis ?
Premier ministre Nikol Pashinyan : Vous savez, je voudrais d’abord souligner et nous le verrons progressivement, nous l’avons déjà constaté hier, que ce qui s’est passé à Washington le 8 août était avant tout une déclaration politique, une rencontre politique, une négociation politique. Mais plus nous nous éloignons du 8 août et plus les objectifs politiques se concrétisent, plus se produit une transformation vers l’économie.
Pour m’écarter un peu, je dirais que dans nos négociations, nous constatons que dans l’agenda Arménie-Azerbaïdjan, l’économie dépasse la politique, et c’est la même chose ici. Plus la déclaration politique attire l’attention économique, et quand l’économie commence à dépasser le poids relatif des déclarations politiques, cela signifie que la déclaration politique a réussi, qu’elle a atteint son objectif, c’est-à-dire qu’elle se réalise concrètement. Et c’est de cela qu’il s’agit.
Si vous avez remarqué, hier, la majeure partie des déclarations du vice-président des États-Unis étaient déjà davantage économiques que politiques. Cela signifie que la déclaration du 8 août a été un succès. Nous n’avons pas du tout discuté de la situation frontalière, nous n’avons pas abordé les tensions régionales. Que signifie cela ? Cela signifie qu’il n’y a pas de telles questions à l’agenda.
Bien sûr, l’agenda contient des questions liées aux conflits ou aux situations post-conflit, qui ont naturellement été abordées. J’ai précisé que toutes les questions sont discutées, et dans tous les cas, elles le sont, notamment celle concernant nos compatriotes détenus. Mais, comme je l’ai déjà dit, mon expérience montre que plus nous agissons discrètement sur ce sujet, plus…
Télévision publique : Vous voulez dire que vous en avez discuté avec M. Vance ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Oui, bien sûr, y compris avec Vance, car vous savez que cette question a été abordée lors des discussions entre l'Arménie et les États-Unis le 8 août, ainsi que lors des discussions qui ont suivi.
Télévision publique - Monsieur le Premier ministre, de nombreux opposants ont envoyé des lettres à Vance, et ils ont également manifesté à l'époque où il se trouvait au palais présidentiel. Avez-vous discuté avec lui et Vance s'est-il déclaré disposé à discuter de cette question en Azerbaïdjan ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Je vous demande de ne pas attendre trop de détails de ma part sur cette question, mais elle était à l'ordre du jour et a été discutée. Et permettez-moi d'ajouter, sans exagération, qu'il n'y a pas, dans la pratique, de négociation, directement ou indirectement pertinente, où nous n'abordons pas ce sujet, tout simplement. Je répète, pertinente, car il peut y avoir des formats où il n'y a aucune pertinence directe ou indirecte. Dans tous les formats pertinents, nous avons régulièrement soulevé cette question, nous la soulevons et nous serons cohérents dans la résolution de cette question.
Télévision publique - Pour en revenir au TRIPP, la principale incertitude qui existe ici et qui suscite des critiques est le principe de réciprocité entre ce qu'on appelle le Front Office et le Back Office. Si je peux me permettre une brève présentation, un Front Office est une entreprise privée qui fournit certains services frontaliers, dont les employés ne sont pas citoyens de la République d'Arménie, mais sont soumis à la législation de la République d'Arménie. Le Back Office est déjà notre service public, avec nos citoyens, naturellement, soumis à notre législation. La question se pose maintenant : nous ne comprenons toujours pas si cela fonctionnera de la même manière en Azerbaïdjan, s'il y aura un Back Office et un Front Office, et si nos citoyens rencontreront également non pas des citoyens azerbaïdjanais, mais des citoyens d'un pays tiers ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Afin de bien comprendre la question, permettez-moi de la relier à nouveau à la réponse à la question précédente : nous devons percevoir le TRIPP comme un programme d'investissement, car le TRIPP était une déclaration politique le 8 août, et maintenant le TRIPP est devenu un programme d'investissement, dans lequel les États-Unis dirigeront cette activité d'investissement.
Au fait, j'ai oublié d'aborder la question des pourcentages, je vais donc la mentionner pour ne pas l'oublier, car c'est une question très importante. Et nous, y compris le Front Office et le Back Office, devons percevoir, et c'est le cas dans la réalité, que le désir et l'aspiration de l'investisseur sont de fournir des services de la plus haute qualité et les plus attractifs possible, afin que le plus grand nombre de personnes possible puisse les utiliser, car nous parlons des personnes du Front Office et du au Back Office, mais il se peut qu'il n'y ait personne au Front Office, mais qu'il y ait une intelligence artificielle, ou des équipements de pointe, et que la fonction principale de ce Front Office soit d'assurer la maintenance de ces équipements, etc. Et d'ailleurs, je tiens à dire qu'il est très important de disposer de tels modules. Nous en voyons par exemple dans de nombreux pays développés et en développement, dans les aéroports des Émirats arabes unis, du Qatar, des pays européens, etc. Nous allons nous efforcer de mettre en place de tels services, déjà avec notre logique différente, à tous nos postes-frontières, dans notre aéroport. Nous sommes en train d'introduire un système de passeports biométriques et notre objectif est que les citoyens de la République d'Arménie et les citoyens d'autres pays munis de passeports biométriques puissent se rendre directement à l'avion sans escale et en descendre de la même manière.
Télévision publique - Monsieur le Premier ministre, ce n'est pas mal, c'est même très bien, mais vous devez convenir que cette question comporte également une composante politique, et c'est pourquoi je vous demande : que se passera-t-il du côté de l'Azerbaïdjan ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - C’est pour cette raison que je disais que le programme TRIPP est un programme d’investissement mis en œuvre en République d’Arménie. Il n’existe pas de programme TRIPP en Azerbaïdjan et, par conséquent, je ne peux pas dire ce qui s’y passera. La question est que, dans les deux pays, les points de passage frontaliers et autres fonctionneront dans le cadre de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la juridiction des États, et que l’accessibilité des communications de transport sera assurée sur la base de la réciprocité.
En ce qui concerne les pourcentages, je tiens d’abord à souligner de nouveau que, selon l’accord, après 50 ans, la répartition des parts changera et la République d’Arménie détiendra alors 49 %. Pourquoi ? Parce que le calcul repose sur le fait qu’il s’agit d’investissements ,on parle de milliards d’investissements et que ces investissements doivent être récupérés et générer un bénéfice. Je fais référence à cet intérêt économique, car il serait illogique que nous disions aux États-Unis ou à quiconque : « Vous savez quoi, venez investir deux milliards de dollars, et peu importe que vous récupériez cet argent ou non. »
Or, le fait est que tout investisseur, dans tous les programmes d’investissement, y compris en Arménie, lorsqu’il investit, souhaite disposer de certaines garanties pour récupérer son argent avec un certain profit, sinon pourquoi investirait-il ? Il placerait cet argent à la banque à intérêt et le récupérerait ainsi. C’est lié précisément à cela.
Deuxième nuance : au début, nous-mêmes, y compris au sein de l’équipe, avions un certain malaise face aux chiffres de 99 ans, 50 ans. Puis, à un moment donné, nous avons constaté qu’il fallait regarder la question sous un autre angle. Les États-Unis d’Amérique mettent en œuvre en République d’Arménie un programme d’investissement pour 99 ans, au moins pour 99 ans. Autrement dit, la première puissance mondiale déclare que la République d’Arménie existera, pendant 99 ans, comme État indépendant et souverain, qu’elle sera en paix et qu’il y aura un environnement d’investissement normal.
Permettez-moi de faire une déclaration qui peut sembler tranchante et être perçue comme telle : je cherche dans notre histoire et je ne vois aucune période antérieure où nous ayons eu devant nous une perspective de 99 ans, un plan de 99 ans, et où ce plan ait été conçu et élaboré avec la première puissance mondiale. Je voudrais que nous appréciions réellement ce moment, car il est en cohérence avec l’agenda de pérennité de notre État que nous avons adopté dès 2018.
Télévision publique - Passons à d'autres sujets, Monsieur le Premier ministre. Au début de ce mois, vous vous êtes rendu à Abu Dhabi avec le président de l'Azerbaïdjan, où vous avez reçu le prix Zayed pour la fraternité humaine. Outre le fait d'accroître la visibilité de l'Arménie, pour ainsi dire, cela peut-il avoir une quelconque importance ou influence dans l’établissement de la paix ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Absolument, car comme je l'ai dit dans mon discours, imaginez les dirigeants de deux pays se rendant dans un cadre prestigieux pour recevoir un prix prestigieux, un prix créé par deux leaders très influents des mondes islamique et chrétien, un prix récompensant leurs efforts pour instaurer la paix. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie réaffirmer la politique et la stratégie de paix.
Télévision publique - Je vous pose cette question, Monsieur le Premier ministre, parce que vous avez tous deux parlé depuis la scène des avantages de la paix établie, l'ambiance était très bonne, vous disiez que la paix était utile, et que s'est-il passé ensuite ? Cela a été suivi par les verdicts rendus par le tribunal de Bakou contre les dirigeants politico-militaires du Karabakh, les condamnant à la prison à vie. Il y a là une sorte de rupture logique : où sont la paix, la fraternité et l'humanité, alors que nos compatriotes sont condamnés à la prison à vie dans les prisons de Bakou ? Et donc, en guise de sous-question, après l'entrée en vigueur de ces verdicts, est-il possible, y a-t-il une chance qu'ils puissent encore être renvoyés en Arménie ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Tout d'abord, permettez-moi de dire que ces décisions sont, bien sûr, très douloureuses et difficiles pour moi personnellement, et politiquement, mais d'un autre côté, nous devons comprendre que le conflit a une inertie, et que cette inertie ne peut être arrêtée à l'aide d'un seul levier. Naturellement, j'ai déjà dit que ce sujet est toujours au centre de notre attention, et une question naturelle se pose : quelle est notre idée pour résoudre ce problème ? Notre idée est à nouveau la paix, car la paix est l'environnement dans lequel il est possible de résoudre ce problème. Dans un environnement de conflit, ce problème est insoluble.
Permettez-moi de vous donner un exemple, je tiens particulièrement à donner cet exemple : le mois dernier, quatre personnes, nos compatriotes, sont rentrées. Je tiens à dire que dans le cas concret de Vagif Khachatryan, je tiens à vous assurer sans équivoque que s'il n'y avait pas eu un environnement propice à la paix, il ne serait pas revenu, il ne serait pas revenu en Arménie, du moins il ne serait pas revenu maintenant et il ne serait pas revenu dans un avenir prévisible. Et je dis cela en connaissant un certain nombre de détails concernant l'environnement qui l'entoure. Et encore une fois, la paix est le contexte, vous voyez, si la paix n'est pas développée, n'est pas institutionnalisée, si l'atmosphère de paix n'est pas développée, la solution à cette question est exclue. La paix est le contexte dans lequel la solution à cette question deviendra possible, et je le répète, l'exemple de Vagif Khachatryan est pour moi un exemple très concret qui montre que c'est la direction et la voie à suivre pour résoudre le problème.
Au fait, je voudrais vous dire quelque chose, vous savez qu'il y avait des problèmes liés à la santé de Vagif Khachatryan, il y avait des problèmes, etc., et émotionnellement, il était très difficile pour nous de ne pas réagir, de ne faire aucune déclaration, de ne pas faire appel à diverses instances internationales, etc. Mais si nous avions suivi cette voie, je vous garantis que Vagif Khachatryan ne serait pas revenu. Je comprends nos émotions, je comprends que dans de nombreux cas, oui, on nous critique, on dit que nous ne réagissons pas, quel est le but de cette instance, de cette autre instance... Cependant, permettez-moi de dire que, dans certains domaines, je sais également qu'il existe des procédures judiciaires, y compris devant des instances internationales, mais des exemples concrets nous amènent à la conviction que si nous nous concentrons sur le programme de paix et mettons en place certains processus de travail dans cet environnement et cette atmosphère, cela mène au succès.
Dans ce contexte, je voudrais vous faire part de mes impressions sur notre réunion à Abu Dhabi. Lorsque nous nous sommes réunis en tant que délégation après la réunion et que nous avons discuté, comme c'est généralement le cas, il était très intéressant de constater que nous avons tous remarqué que nous avons au moins commencé à franchir la ligne au-delà de laquelle la paix est irréversible. Nous nous en sommes rapprochés, je le répète, je ne vais pas essayer d'être plus ambitieux, mais nous avons franchi, nous franchissons déjà la ligne au-delà de laquelle la paix est irréversible.
Télévision publique - À présent, au-delà de cette ligne tangible, une rencontre des délégations arménienne et azerbaïdjanaise s’est également tenue à Abou Dhabi, sous votre direction et celle d’Aliyev. Des questions qui préoccupent encore la société arménienne y ont-elles été abordées ? En effet, le communiqué de presse était très concis. Par exemple : la poursuite du processus de délimitation, la question de savoir si, dans l’hypothèse où le programme TRIPP serait réalisable, il faudrait procéder d’urgence à la délimitation dans le Syunik, le retrait des forces azerbaïdjanaises des territoires occupés, ou encore la signature de l’accord de paix déjà paraphé et, au moins approximativement, le calendrier de sa signature. Pourriez-vous, si possible, lever quelque peu le voile sur cette rencontre ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Dans la mesure où cela est correct, je le répète, je n'ai aucun secret pour notre peuple et notre société, mais il existe des nuances diplomatiques que je dois respecter, naturellement, toutes les questions possibles ont été discutées. Tout d'abord, je voudrais aborder une fois pour toutes la question des territoires occupés. Nous l'avons déjà dit et nous disposons déjà d'un document ayant la plus haute force juridique dans les deux pays. Ces questions seront résolues dans le cadre du processus de démarcation, car je le répète, il s'agit d'un document très clair, et nous l'avons fait il y a longtemps. Il n'y aura pas de perturbation de la paix à ce sujet, nous suivrons de manière cohérente la voie de la démarcation et, sur la base de la déclaration d'Alma-Ata de 1991, nous définirons avec précision les territoires souverains de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie.
Il existe une nuance supplémentaire dans la mise en œuvre de la démarcation et l'ouverture des communications en marge du TRIPP, car la frontière est longue et la démarcation prendra naturellement beaucoup de temps. Soit dit en passant, je tiens à préciser que les commissions de démarcation travaillent également à distance, car elles élaborent divers documents, des projets de protocoles, c'est-à-dire que le travail quotidien est en cours. En fait, la démarcation est un processus très, très détaillé et complexe, qui se poursuit et se poursuivra.
En ce qui concerne les communications, nous comprenons que dans ce cas, nous devons organiser le processus de démarcation un peu différemment. Dans les sections où doivent passer une voie ferrée, un pipeline, une ligne électrique, dans cette section, disons, il faut une zone de 500 mètres de large, nous devons d'abord délimiter au moins un kilomètre et demi, afin qu'aucune des parties n'ait de doutes, préciser la frontière avec une précision millimétrique, et ensuite seulement prendre des mesures liées aux communications.
Nous avons bien sûr également discuté des questions liées à la signature de l'accord de paix et à la poursuite de l'institutionnalisation de la paix.
Télévision publique - Dans le domaine politique, certains pensent qu'avant les élections législatives en Arménie, l'accord pourrait être signé et la frontière avec la Turquie pourrait s'ouvrir. Partagez-vous ce sentiment ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - J'ai un tel programme, je ne dirai rien sur mon sentiment pour le moment, car vous savez quoi, la signature en décembre, la signature en janvier, en octobre, en avril de l'année dernière était à l'ordre du jour, car nous avions déjà terminé les négociations en mars, donc nous allons travailler, nous allons travailler. C'était très important, encore une fois à Abu Dhabi, et c'est l'un des moments agréables, un contenu économique très significatif est apparu dans nos conversations. Nous discutions des projets économiques qui présentent un intérêt mutuel, et d'ailleurs, nous parlons de commerce bilatéral. C'est un point très important, et je pense que c'est le format le plus approprié pour en parler, car j'avais pensé inviter des hommes d'affaires, etc., pour enregistrer ce sujet, mais je pense que c'est le format le plus approprié. Nous savons tous que la liaison ferroviaire vers l'Arménie via l'Azerbaïdjan est opérationnelle et fonctionne sans entrave, mais il est très important de noter que la liaison ferroviaire entre l'Arménie et le reste du monde via le territoire de l'Azerbaïdjan est également ouverte.
Et j'ai l'impression que nos entreprises n'ont pas encore digéré cette nouvelle, car je pense que nos entités commerciales devraient déjà penser à l'exportation.
Télévision publique - Monsieur le Premier ministre, lorsque vous dites « directe et sans entrave », voulez-vous dire qu'il y a un passage frontalier direct entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Non, le train passe par la Géorgie...
Télévision publique - Oui, mais maintenant, si le commerce est florissant, si nous parlons d'une paix établie, la possibilité d'un passage frontalier direct n'est-elle pas à l'étude ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Eh bien, je le répète, il faut construire la voie ferrée, n'est-ce pas ? Nous n'avons pas de voie ferrée pour le moment pour permettre un passage frontalier direct.
Télévision publique - Par la route.
Premier ministre Nikol Pashinyan – La possibilité par voie routière est également à l’étude ; ces discussions existent et se poursuivront. Vous savez que nous avons aussi proposé d’assurer un transit de la Turquie vers l’Azerbaïdjan et de l’Azerbaïdjan vers la Turquie, mais laissez-moi terminer mon idée. À Abou Dhabi, il a été une nouvelle fois acté que des exportations par train peuvent être réalisées depuis l’Arménie via la Géorgie – tant que cette ligne ferroviaire est en service – puis Géorgie–Azerbaïdjan et, de là, vers la Russie, l’Asie centrale et la Chine. Je tiens à ce que cela soit consigné. Nous avons également évoqué le fait qu’il pourrait exister un certain pessimisme parmi nos milieux d’affaires ; les représentants azerbaïdjanais ont assuré que cette route ne serait pas fermée, qu’elle reste ouverte, et ont réaffirmé que les entreprises arméniennes peuvent utiliser le réseau ferroviaire azerbaïdjanais pour leurs exportations.
Je considère qu’il s’agit d’un constat très important et historique, car, pour la première fois depuis les années 1990, un train est entré l’an dernier sur le territoire de la République d’Arménie en passant par l’Azerbaïdjan - certes via la Géorgie - et, à l’avenir, après la mise en œuvre de projets ferroviaires, cela pourra se faire également de manière plus directe ; les routes seront aussi ouvertes. Je pense que de tels développements auront lieu prochainement ; pour l’instant, nous travaillons sur les détails.
Télévision publique – C’est clair. Pour la continuité de TRIPP et le désenclavement, c’est-à-dire les liaisons et itinéraires de transport, il est également nécessaire de rénover les tronçons ferroviaires actuellement sous la gestion d’une société russe. L’Arménie s’est adressée à la Russie, qui a répondu: « nous examinons la question, nous vous répondrons ». Quelle solution alternative avons-nous, Monsieur le Premier ministre, si, par exemple, la Russie refuse de le faire ou, pire encore, ne refuse pas mais continue de tergiverser ?
Premier ministre Nikol Pashinyan – Nous avons bien sûr saisi nos partenaires russes et, sur le plan politique, nous semblons avoir reçu une réponse positive. Mais il existe ici une question pratique très importante ; merci pour cette question, il est opportun d’en parler. Regardez : dans les communications régionales, quel est le problème ? Il est évident que la voie ferrée doit entrer depuis Zangilan vers Meghri, puis de Meghri vers le Nakhitchevan, c’est-à-dire Ordubad, etc. Dans le contexte international, il est très important de savoir comment cette ligne se poursuivra. Deux options concurrentes existent actuellement. Vous savez que la Turquie et l’Azerbaïdjan ont annoncé le projet de construction d’une nouvelle ligne ferroviaire Kars-Dilucu, c’est-à-dire de Kars vers le Nakhitchevan.
Naturellement, nous attendons que l’itinéraire international fonctionne selon le tracé Yeraskh-Akhourik, où il existe déjà une voie ferrée opérationnelle, car, dans la section de Yeraskh, il ne manque que quelques kilomètres de rails, et à Akhourik c’est encore plus court, c’est déjà la frontière turque. Nous devons donc nous concentrer sur nos avantages comparatifs. Nous constatons que, dans le contexte international, le fait que ce tronçon ferroviaire soit placé sous gestion russe est utilisé pour présenter l’itinéraire Kars-Dilucu comme plus avantageux, et cela constitue pour nous un problème. Il en résulte que, alors même que nous disposons d’une voie ferrée prête à l’emploi, nous avons le sentiment de perdre nos avantages concurrentiels. Certes, pour adapter cette ligne aux exigences modernes, des investissements supplémentaires de plusieurs centaines de millions de dollars seront nécessaires. Je tiens à ce que ce soit clair : la simple restauration des petits tronçons manquants n’est pas un problème majeur, ni financièrement ni techniquement ; mais nous devons impérativement assurer la vitesse de cette ligne.
Écoutez, nous avons beaucoup de respect et d’amitié pour nos partenaires russes, mais le fait est que, dans le contexte international tendu, et du fait que notre chemin de fer – qui est notre propriété, ce point est très important – est sous la gestion des chemins de fer russes, nous avons le sentiment de perdre ici notre avantage concurrentiel. Nous devons donc réfléchir à ce que nous devons faire, car il ne s’agit pas d’une question d’un, deux, trois ou quatre ans.
Télévision publique – Que comptez-vous faire, telle est ma question ?
Premier ministre Nikol Pashinyan – Nous devons trouver une solution, et cette solution doit être trouvée dans une logique amicale, fraternelle et de partenariat. Aujourd’hui, malheureusement, nous constatons que des informations circulent en permanence selon lesquelles ce corridor serait présenté comme une voie russe, alors même que, pour cela, on envisage de réaliser à partir de zéro un investissement de plusieurs milliards de dollars afin de construire la ligne ferroviaire Kars-Dilucu. Pour être franc, j’ai posé directement cette question à nos partenaires au président de la Turquie, et au président de l’Azerbaïdjan, certes de manière moins détaillée. J’ai dit : nous avançons vers la normalisation, nous avançons vers la paix, autrement dit nous sommes déjà dans un contexte de paix, et cette voie ferrée passe par l’Arménie ; pourquoi dépenser plusieurs milliards de dollars pour créer quelque chose qui existe déjà ? Bien sûr, cette question a reçu une réponse sous forme de silence diplomatique, mais, en observant aujourd’hui les nombreuses discussions dans la presse internationale et les analyses de la communauté d’experts, nous comprenons que le principal problème réside là. Nous devons donc comprendre quelles solutions nous avons, car, je le répète, il s’agit des intérêts stratégiques à long terme de l’Arménie, et tous nos pays amis devraient être intéressés à ce que nos intérêts soient servis et non pas, au contraire, se retrouvent dans une impasse.
Télévision publique – Monsieur le Premier ministre, le vice-premier ministre russe Alexeï Overchouk a déclaré que les signaux venant de Bruxelles indiquent que l’Union européenne se transforme d’une union économique en une structure politico-militaire. Il a demandé si l’Arménie est prête à faire partie d’une union qui, selon ses termes, adopte une attitude agressive envers la Russie, ajoutant que les Arméniens devront tôt ou tard se poser cette question.
Premier ministre Nikol Pashinyan – Je souhaite partager avec vous et avec le public notre vision stratégique concernant nos relations avec la Russie. Partout, avec tous nos partenaires, nous exprimons l’idée suivante : nuire à la Russie ou aux intérêts de la Russie n’a pas été, n’est pas et ne sera pas à notre ordre du jour. C’est exclu. Personne ne pourra nous entraîner dans une logique d’action contre la Russie, même si quelqu’un essayait, jusqu’à présent, il n’y a même pas eu de tentatives. Nous disons aussi à nos partenaires russes : nous ne nous battrons pas avec vous, nous ne nous disputerons pas avec vous, nous n’entrerons pas dans des polémiques verbales, car nous apprécions les relations que nous avons. Certes, il s’agit de relations interétatiques, mais le niveau personnel n’est pas moins important dans ce contexte : j’entretiens des relations très directes et chaleureuses avec le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, et des relations tout aussi chaleureuses et directes avec le président du gouvernement de la Fédération de Russie, Mikhaïl Michoustine.
Telle est notre stratégie: nous n’agirons pas contre la Russie, mais nous agirons toujours dans l’intérêt de la République d’Arménie. Et nous posons la question à nos partenaires russes : avez-vous des objections à cette logique ? Nous disons : nous n’agirons jamais contre la Russie, mais nous agirons toujours conformément aux intérêts de la République d’Arménie, et ce sera notre stratégie. Nous comprenons qu’il peut y avoir certains recoupements, mais nous ne pouvons pas dire : « nous agissons au détriment des intérêts de l’Arménie au profit non seulement de la Russie, mais de n’importe quel autre pays » ; ce serait illogique, aucun État n’agit ainsi. Oui, des difficultés et des recoupements peuvent survenir, mais je voudrais vous donner l’exemple du 8 août : après cette date, il est clair que certains de nos partenaires de la Fédération de Russie avaient des questions, et j’y ai répondu volontiers, volontiers dans le sens où nous sommes toujours ouverts au dialogue.
Télévision publique – Autrement dit, il y avait des préoccupations ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Oui, bien sûr, naturellement, cela s’exprimait dans le milieu des experts et dans la presse. J’ai attiré l’attention de nos partenaires russes sur un fait simple. Le 8 août 2025, à Washington, nous avons signé le contenu que nous avions auparavant, pendant cinq ans, un peu plus de cinq ans, proposé à la Fédération de Russie. Bien sûr, il n’y avait pas de « voie Trump », mais nous n’avons demandé que cinq mots, seulement cinq mots. Ces mots étaient : intégrité territoriale, souveraineté, juridiction, réciprocité, inviolabilité des frontières. Nous avons dit : mettez ces cinq mots dans le document, et je suis prêt à signer ce document à tout moment. Et il n’y a aucune exagération dans ce que je dis. C’est un exemple très concret que nous n’avons jamais agi contre la Russie et que nous n’agirons pas contre elle. Mais, naturellement, pardonnez-moi, nous ne pouvons pas agir contre l’Arménie et nous devons toujours agir conformément aux intérêts de la République d’Arménie. Et nous n’allons pas nous battre avec la Russie, nous n’allons pas nous battre et il n’y a pas besoin de le faire. Il est clair, vous savez, qu’il y a toujours des tensions et des discussions dans les agendas. Nous allons toujours discuter, mais nous n’allons pas nous battre avec la Russie, nous ne créerons pas de problèmes avec la Russie, mais nous poursuivrons nos intérêts.
Télévision publique - C’est clair. Abordons quelques questions de politique intérieure, Monsieur le Premier ministre. D’après vos déclarations publiques, il apparaît que vous n’avez pas renoncé à l’agenda visant à écarter Garéguine II du trône catholicosal. Quelles mesures concrètes sont prises à présent et de quoi s’occupe le conseil créé pour la réforme de l’Église ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Comme prévu, notre tâche principale est d’abord de rendre l’agenda plus compréhensible pour le public, car, y compris en raison peut-être de nos manifestations parfois émotionnelles et des miennes le public voit parfois plus de bruit que l’essence de la question. Or, pour nous, l’essence est très simple. Premièrement, la question globale est la suivante : l’Église ne peut pas être un État dans l’État. Et, de manière générale, j’ai dit qu’il ne peut pas y avoir d’État dans l’État. Or, malheureusement, au cours de la période précédente, nous avons vu des manifestations constantes montrant que l’Église non seulement tente de se positionner, de facto, sans le déclarer, comme un État dans l’État, mais aussi comme un État étranger dans l’État. Nous disons que cela ne doit pas se produire. Deuxièmement, l’Église ne doit pas faire de politique. Autrement dit, l’Église ne doit pas être un acteur de la vie politique intérieure. Voyez, lorsque Ktritch Nersissian parlait à l’époque de la démission du Gouvernement, de ma démission… Ici, il ne s’agit pas de moi, comprenez-vous, il s’agit de processus politiques. Bon, une fois, deux fois, trois fois, nous avons dit : d’accord, rien, il faut être tolérant. Puis d’autres évêques ont commencé à faire des déclarations politiques. Et qu’est-il arrivé ? Il s’est produit que Bagrat Galstanian a lancé un mouvement politique après des consultations tenues au Saint-Siège, et à la suite de celles-ci. Il est également très important de noter ce qui s’est passé : ce processus politique s’est déroulé dans un pays et un environnement démocratiques et s’est éteint, c’est-à-dire qu’il a été rejeté par le public. Tout cela ne peut pas rester sans conséquence, car il s’agit de la souveraineté et de la sécurité de notre État.
Mais pour réaliser tout cela, pour résoudre ces problèmes, nous avons besoin d’un agenda de réforme de l’Église, qui concerne quoi ? Il faut des mécanismes de probité, de transparence financière et de responsabilité pour les hauts représentants de l’Église, car aujourd’hui nous disposons d’informations, en cours de vérification, selon lesquelles, y compris via les structures de l’Église apostolique arménienne, des fonds occultes entrent en République d’Arménie pour être utilisés à des fins politiques en Arménie, etc.
Télévision publique - Que disent vos opposants? Ils disent que le fait d'être membre du clergé ne signifie pas qu'une personne ne doit pas avoir d'opinions politiques. Les faits que vous avez mentionnés justifient l'ouverture de poursuites pénales. Օuvrez des affaires pénales, punissez les les membres du clergé qui violent la loi de la République d’Arménie, mais ne lancez pas de campagne contre les hommes d’Église qui ont une opinion différente de la vôtre et qui demandent votre démission.
Premier ministre Nikol Pashinyan - Non seulement les ecclésiastiques, mais tout le monde a le droit d’avoir des opinions politiques. C’est une chose d’avoir des opinions politiques, c’en est une autre les moyens et les formes d’expression de ces opinions. Voyez-vous, utiliser l’autel de la liturgie pour faire de la propagande politique pendant les sermons, pardonnez-moi, c’est une profanation, car la liturgie concerne Jésus-Christ et les valeurs qu’il a professées. Depuis 2020, dans presque toutes les églises d’Arménie, des textes politiques, je dirais radicaux, sont prononcés lors des sermons. J’espère que ma comparaison paraîtra correcte, mais savez-vous qu’il existe dans de nombreux pays des manifestations d’islam extrémiste, contre lesquelles la communauté internationale est contrainte de lutter ? Vous dites : qu’on ouvre des procédures pénales ; des procédures pénales sont ouvertes, et l’on répond : comment ? Vous ouvrez des procédures pénales contre des ecclésiastiques ? Comment peut-on ouvrir une procédure pénale contre un ecclésiastique ? Mais personne ne demande comment un ecclésiastique peut planifier de couper l’approvisionnement en électricité d’une partie de la capitale de l’Arménie ou de la république, de commettre un sabotage, de bloquer la circulation, de parler de fusiller des personnes contre les murs.
Télévision publique - Ces affaires sont devant les tribunaux, Monsieur le Premier ministre, je ne parle pas de cela.
Premier ministre Nikol Pashinyan – Très bien, mais il y a un dossier concret et il y a aussi un environnement dans lequel ces dossiers se forment. Autrement dit, quel est notre problème ? Laisser ces manifestations d’extrémisme se multiplier progressivement, permettre que le plan devienne réalisable, que les menaces de fusillade deviennent des fusillades, pour qu’ensuite on dise : où était l’État ? où regardait l’État ? où regardait le Service de sécurité nationale ? où regardait le Gouvernement, etc.
Télévision publique – Revenant au début de votre propos, vous dites vouloir créer un environnement approprié et informer le public. Comment l’imaginez-vous concrètement ? Combien de temps cela prendra-t-il et faut-il s’attendre à des actions concrètes ou non ?
Premier ministre Nikol Pashinyan – Le point auquel cela doit se produire est que, finalement, l’Arménie est un État démocratique et rien ne peut se faire sans le soutien de la société. On me dit souvent que je ne cesse pas d’être révolutionnaire, que tout ramène au public, au public. Il s’agit de légitimité : pour moi, la légitimité est une valeur absolue, et physiquement, réaliser certains processus, surtout avec le statut de Premier ministre, n’est peut-être pas si difficile. D’autant plus que nous assistons à un phénomène sans précédent : les cloches du Saint-Siège sonnent pour appeler les fidèles, et personne ne répond. Cela témoigne d’une profonde crise spirituelle provoquée par la direction de la hiérarchie de l’Église apostolique arménienne.
Je dirai encore autre chose : nous parlons beaucoup de la nécessité d’avoir une société fondée sur des valeurs, où les valeurs et les normes morales aient du poids et que ce poids augmente progressivement. Je dis qu’il est impossible d’avoir une société fondée sur des valeurs lorsque l’épicentre de nos valeurs, notre saint des saints Mère-Siège de Sainte-Etchmiadzine est affecté. Ce sont des questions complexes, très sérieuses, délicates et difficiles, et je le répète : aussi longtemps qu’il le faudra, je suivrai cette voie, mais je ne m’écarterai jamais de la légitimité.
La question n’est pas d’être Premier ministre ou non. Je me considère, et je suis, une personne ayant des valeurs spirituelles et une vie spirituelle ; je ne peux pas séparer de moi mon identité de fidèle de l’Église apostolique arménienne et la mettre à quatre mètres de distance. Voilà la réponse à la question. Je suis le Premier ministre de la République d’Arménie et je suis un fidèle de l’Église apostolique arménienne ; je ne peux pas me diviser en deux.
Télévision publique - Une des forces d’opposition, Monsieur le Premier ministre, déclare que dans ces conditions de pauvreté, avec 21 % de pauvreté, le Premier ministre ne devrait pas seulement renoncer aux primes, mais travailler pour un salaire d’un dram, et que certains ministres, disent-ils, après leur arrivée au pouvoir, soutiendraient leurs dépenses par des moyens privés. Alors, d’abord, pourquoi ne travaillez-vous pas pour un dram en tant que Premier ministre, et, de manière générale, comment percevez-vous ce concept de gouvernance ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Si je travaille comme Premier ministre pour un dram et que, lors d’une interview, vous me demandez d’où vient ce costume, que devrai-je répondre ?
Télévision publique – Vous direz que vous avez été soutenu par des moyens privés.
Premier ministre Nikol Pashinyan - C’est de la corruption. C’est précisément cela, la corruption. De quoi parle-t-on, sinon ? Ou bien, si vous me demandez comment je me nourris, comment je vis, que devrai-je répondre ? En ce qui concerne les primes, je n’en ai pas reçu pendant de longues années, mais la question est ailleurs : il s’agit de créer et d’institutionnaliser un système et des mécanismes durables.
Je veux également souligner ceci : ce que vous décrivez correspond à un scénario de capture de l’État, lorsque l’on prend l’État pour le placer dans la poche d’une ou de quelques personnes, c’est cela même, l’oligarchie. En Arménie, pendant de longues années, il existait une tradition consistant à remettre chaque mois des enveloppes d’argent aux députés, aux fonctionnaires et même aux ministres. Cela est consigné dans des affaires pénales, fondées non pas seulement sur des témoignages, mais aussi sur des perquisitions : je sais qu’il y a déjà des dossiers devant les tribunaux où des ordinateurs ont été saisis, révélant des listes indiquant combien d’argent était versé chaque mois à telle ou telle personne, et il s’agit des mêmes individus. C’est la nostalgie de ce système de corruption.
Mais il y a une autre question : la lutte contre la pauvreté est liée au travail professionnel et efficace du Gouvernement et des institutions publiques. Nous posons le principe qu’un haut fonctionnaire doit être entièrement concentré sur son travail. Et, je m’en excuse, mais rien ne doit pouvoir le détourner de cette concentration, y compris les forces à tendance corruptrice ; et, pardonnez-moi encore, même les membres de sa famille ne doivent pas pouvoir le détourner qu’il s’agisse des chaussures de l’enfant, des frais de scolarité, du trajet à l’école, ou encore des préoccupations domestiques bien connues. Nous avons fixé l’objectif de ramener la corruption à zéro en Arménie. Nous travaillons depuis des années et constatons, y compris selon les classements internationaux, des progrès significatifs dans la lutte contre la corruption ; mais nous n’avons pas encore réussi à l’éradiquer. Les raisons tiennent notamment à un environnement qui n’a pas suffisamment changé, et ces décisions sont avant tout prises dans l’intérêt des citoyens.
Voyez, nous avons introduit un système d’assurance maladie. Aujourd’hui, des centaines de retraités reçoivent des services d’une valeur de millions de drams ; sans ces services, pardonnez-moi de le dire, certains d’entre eux ne seraient certainement plus en vie. Ce résultat est dû au travail 24 heures sur 24 du système de gouvernance publique. Je me souviens qu’en septembre, ou peut-être en août, voire en octobre, j’ai fixé une tâche claire : j’ai dit que je n’accepterais plus de reports, qu’il fallait travailler 24 heures sur 24 et mettre en place le système. Aujourd’hui, il est en place. Mais il y a aussi une question morale : si je demande à quelqu’un de travailler 24 heures sur 24, de ne pas rentrer chez lui, de ne pas s’occuper de ses problèmes familiaux ou personnels, et qu’ensuite je lui dise « voici ton dram », il y a là une incompatibilité. Car ce « dram symbolique » revient à dévaloriser l’État et à le placer dans la poche de personnes concrètes. Et ceux qui ont de grandes poches semblent ressentir un vide qu’ils veulent combler d’urgence avec la République d’Arménie. Je suis convaincu que le Gouvernement, la majorité politique et, bien sûr, le peuple ne permettront pas que cela se produise.
Télévision publique - En ce qui concerne les élections, Monsieur le Premier ministre, des élections législatives nationales auront lieu en Arménie le 7 juin. En août 2025, vous aviez déclaré que ce serait un choix entre la paix et la non-paix. Vos opposants disent aujourd’hui que vous manipulez l’opinion, car aucune force politique n’appelle à la guerre contre l’Azerbaïdjan, ni ne parle d’annuler le TRIPP ; simplement, leur conception de la paix diffère de la vôtre. Avec quel programme et quelle proposition aborderez-vous ces élections, et en quoi se distingueront-ils de ceux de l’opposition ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Vous avez dit que leur conception de la paix diffère de la nôtre; le problème est le suivant : remplacer la paix réelle par une paix conceptuelle…
Télévision publique – Pas « conceptuelle » : la vôtre serait réelle, la leur « digne ».
Premier ministre Nikol Pashinyan - Je le répète : nous pouvons déjà aujourd’hui montrer ce qu’est la paix. Nous comprenons que cette paix n’est pas idéale, mais nous pouvons poser un globe et le faire tourner pour voir où, dans le monde, la paix est idéale. Nulle part elle ne l’est. Mais là où il y a la paix, il y a la prospérité, la liberté et le bonheur.
Je veux dire autre chose : ce choix est en réalité, oui, non pas seulement un choix politique, mais un choix historico-politique, et nous devons faire un choix historique. Le moment est venu, dont je parlais en 2018 : sortir des cycles déjà connus et répétés de l’histoire de notre peuple. Nous avons aujourd’hui la possibilité de sortir de ce cycle historique où, pour des raisons géopolitiques souvent indépendantes de nous, nous obtenons un État, puis, pour des raisons également indépendantes de nous, nous le perdons. Nous avons cette possibilité, et cela a déjà commencé à se produire. Les premières étapes ont consisté à se concentrer sur l’agenda de la pérennité de notre État.
Je voudrais que nous évaluions ce qui se passe aujourd’hui, le 10 février, ainsi que durant la période précédente. L’Arménie continue de se trouver physiquement là où elle s’est toujours trouvée, mais sous nos yeux et grâce à nos efforts conjoints, l’Arménie passe de la périphérie au centre. L’Arménie devient un centre au lieu d’être une périphérie. Et, lors des prochaines élections, le citoyen de la République d’Arménie doit d’abord défendre la paix acquise par ses efforts, ses privations et ses pertes.
Je veux encore exprimer mon profond respect à tous nos martyrs ; je m’incline devant eux et devant toutes les victimes et leurs familles. Le citoyen de la République d’Arménie doit défendre cette paix et soutenir ce processus par lequel nous passons de la périphérie du monde à son centre. Mais je veux souligner une chose : nous ne pouvons pas faire de l’Arménie un centre en repoussant notre environnement hors de ce centre. Nous devenons le centre du monde avec notre région. On parle beaucoup de garanties : voici la garantie de la paix, lorsque la paix sera plus avantageuse pour tous les pays de notre région que son contraire.
Télévision publique - Merci, Monsieur le Premier ministre. Très brièvement, pour conclure plus légèrement l’entretien : certains critiquent encore le fait que vous trouviez le temps d’apprendre à jouer des percussions.
Premier ministre Nikol Pashinyan - Je conseille généralement à tout le monde ceci : si vous manquez de temps pour faire quelque chose, levez-vous une heure plus tôt ; si cela ne suffit pas, levez-vous deux heures plus tôt ; et si cela ne suffit toujours pas, levez-vous trois heures plus tôt. Bien sûr, le manque de sommeil se fera sentir, mais le temps pour travailler doit être créé. Je me souviens d’ailleurs qu’à l’époque de l’alliance « Yelk », lors d’un congrès dans la salle des réunions du Gouvernement, j’avais dit dans l’un de mes discours qu’il fallait que les gens en Arménie se réveillent à 6 heures. Aujourd’hui, je me réveille à 5 heures, soit une heure plus tôt que l’Arménie que j’imaginais ; si nécessaire, je me lèverai deux heures plus tôt. Et, d’ailleurs, je pratique les percussions tôt le matin ou tard le soir, au détriment du sommeil.
Télévision publique – Et combien de temps vous a-t-il fallu pour jouer ainsi ?
Premier ministre Nikol Pashinyan - Tout d’abord, je ne joue pas, j’apprends à jouer. Il existe une plateforme en ligne payante où un musicien très talentueux, un enseignant remarquable, donne ces cours. Je suppose qu’il ne sait pas que je participe à ses cours, ou peut-être le sait-il. C’est une plateforme en ligne payante. L’an dernier, en juin, après avoir reçu ce cadeau, j’ai payé 250 dollars pour un an et je participe à ces cours, à ce module. Ceux que cela intéresse, je peux partager l’information, car je suis surtout impressionné par cette personne et par son travail, par la manière dont il peut accompagner quelqu’un pas à pas, à partir de zéro, et lui apprendre à jouer des percussions.
Télévision publique – Merci, Monsieur le Premier ministre.
Premier ministre Nikol Pashinyan – Merci à vous.
Télévision publique – Mon interlocuteur était le Premier ministre de la République d’Arménie, Nikol Pashinyan. Merci de votre attention et bonne chance.

